#Explociné: Monstres !/ Le monstre n’est pas celui qu’on croit

Le Monstre c’est celui qui n’est pas normal. C’est celui qui ne colle pas aux normes, qui est différent. 

Une belle définition qui lie d’un fil quelque peu malsain ce concept à celui d’autrui. Célébrité au temps des freak shows, le monstre est reconnaissable bien souvent par un physique particulier. Il peut être, cependant, totalement normée d’extérieur mais est si extrême, incroyable ou violente par son être ou ses actions qu’on ne peut le qualifier d’humain à part entière. 

La naissance de la psychanalyse et particulièrement des travaux sur les pulsions vont toutefois quelque peu changer la donne. L’individu est désormais la proie des mêmes pulsions que ces congénères et peut souffrir comme n’importe qui du déséquilibre de celle ci. Ce déséquilibre mène alors à des comportements violents voire carrément extrêmes ou bestiaux.

Une vision plus complexe du monstre se dessine alors que, dans les journaux, les foules se passionnent pour les faits divers et ce que l’on nommera plus tard, les “psycho killers”. 

Une vision qui n’a pas échappé aux artistes et surtout au cinéma.  

Le monstre est parmi nous ! 

Au XIXe siècle, le public frissonne de curiosité morbide. Le développement des journaux à sensations fait des meurtres les plus crapuleux de véritables séries à rebondissement. Certains criminels vont même jusqu’à jouer de cette visibilité que leur apporte la presse. L’un des plus célèbres exemples de ces « trompe la presse » reste Jack l’éventreur, lequel est devenu une légende ainsi qu’un exceptionnel brouet créatif pour les conteurs de toute sorte. 

Ce que ces journaux (les britanniques Penny Dreadful en tête) vont créer c’est un tout nouveau type de monstre : le tueur psychopathe. Celle ci va immédiatement rencontrer un succès formidable. Succès qui ne s’est pour l’instant encore jamais démenti. 

Au temps de l’industrie et de la mécanique, la population ne croit plus aux monstres fantastiques. Il lui faut une autre marotte qui la fasse frissonner au plus profond de la nuit. Un monstre humain ou plutôt qui ressemble à un humain, agit comme tel, jusqu’au point de se fondre dans la masse voilà une histoire à faire trembler dans les chaumières.  

Ce monstre d’un nouveau genre connaîtra également une nouvelle heure de gloire dans les années 70’s après les meurtres de la Manson family du summer of love. Les années 90/2000, quant à elles, verront une recrudescence de cette figure mais cette fois ci le psycho killer aura dans son arsenal de nouvelles technologies et sa figure se mélangera avec celle du hacker (pire cauchemar de la société du cloud).  

Le cinéma loin d’être déstabilisé par ce nouveau type de monstruosité met tous ses outils (bruits de porte qui grince, ombres…) et sa créativité en marche pour traduire la bestialité derrière un sourire ou encore la montée en pression de la victime. 


La psychose est encore plus forte au coeur de l’enquête, lorsque le coupable court sans filet et sans visage autre que celui de la bête. Il pourrait alors être n’importe qui. Tout le monde devient suspect. On imagine des scénarios tous plus fous les uns que les autres. On soupçonne notre entourage. Le monstre n’a plus de forme propre. Il est partout. Il devient la terreur qui ronge les personnages jusqu’à parfois les faire sombrer dans la folie. 

Devant l’engouement, les films d’enquête vont se multiplier chacun rivalisant de cliffhanger des plus saisissants.  

Sur le divan de chez Freud et consorts 

L’arrivée de ce “nouveau” monstre au XIXe siècle est accompagné par la naissance d’une toute nouvelle discipline: la psychanalyse. 

Nos rêves, nos pensées et surtout nos pulsions peuvent ainsi être analysées. On se découvre alors soumis à notre inconscient et à nos désirs, plus bestials finalement qu’on aurait pu le penser (ou que l’on aurait voulu se l’avouer). 

Le monstre, finalement, est en nous.  

Par son côté extrême, le monstre personnifie ainsi nos peurs et pulsions (destruction, mort, sexe et autres joyeusetés). Il devient un être concept dont l’on raffole regarder les histoires mais que l’on déteste et que l’on repousse. Le monstre doit être fantastique pour être cathartique. 

Certains voient ainsi dans l’exemple des monstres qui tombent amoureux de belles jeunes femmes La belle et la bête et ses pendants King Kong en tête, l’allégorie même des passions et notamment d’une libido bestiale. 

La Belle et la Bête, Jean Cocteau (1946)

Le monstre figure alors une sorte de mélange de pulsions/ répulsions des plus cathartiques et surtout ludico-ludiques.

Le monstre finalement est une figure plus complexe qu’il n’y paraît. Le cinéma ne s’y est pas trompé. Dans une lecture plus sociologique, ajoutons que le monstre cristallise les peurs d’une société autour d’un lieu, d’une époque ou d’un événement. Citons : L’incroyable homme des neiges et la peur de la haute montagne, la Créature de Frankenstein et la peur des dérives de la sciences au XIXe, l’alien et le vide galactique…